08 Mar 2016

Linky, les compteurs de la polémique

La polémique et la grogne sur les nouveaux compteurs Linky ne cesse d’enfler.

Linky, sous son air sympathique et sa robe acidulée,  fait monter la grogne en même temps que son déploiement progresse.

Linky semble cristalliser tout le ras-le-bol des citoyens concernant les décisions prises par une élite en dépit de tout bon sens.

Le 7 décembre dernier, Agoravox publiait mon article sur Linky dans lequel je dévoilais tous les doutes et les polémiques autour de ce compteur.

Suite à cet article, beaucoup de lecteurs m’ont demandé comment s’opposer à la pose de Linky. Le dossier a été si bien ficelé par les élites, qu’il est compliqué, pour ne pas dire impossible, de refuser son installation.

Pour autant, plusieurs sites se sont créés, dont deux particulièrement intéressants.

Ce site est animé par Stéphane Lhomme, conseiller municipal à Saint-Macaire :

http://refus.linky.gazpar.free.fr/

Celui-ci est le fruit d’une association citoyenne dans l’Yonne :

http://yonnelautre.fr/spip.php?article5220

Vous souhaitez vous mobiliser pour faire entendre votre voix ? Ils vous expliquent comment procéder. Il n’est pas trop tard, il y a des moyens d’action pour s’opposer à Linky.

Plus de trois mois après le déploiement généralisé, ce qui est choquant c’est que ces opposants passent pour des personnes qu’elles ne sont pas. Ces opposants, le terme n’est pas très reluisant au passage, sont avant tout des citoyens concernés et, en quelque sorte, des lanceurs d’alerte.

Ce qu’il ressort des débats engagés depuis le mois de décembre, c’est que, justement, l’intérêt de débattre a été complètement zappé dans ce projet. On débat après que la loi et que le projet ont été validés.

La méthode consistant à s’asseoir sur la devise républicaine française a sans doute de quoi susciter l’admiration des meilleurs dictateurs de ce monde.

En gros, le message envoyé par cette élite est le suivant :

« Tout est décidé et sur les rails, mais si vous voulez on peut discuter jusqu’à ce que vous compreniez qu’il n’y a rien à faire et qu’au bout du compte, vous aurez ce compteur, quoi qu’il arrive. »

Bel exemple de démocratie (participative ?).

Pour suivre assez régulièrement les avancées sur ce projet, il en ressort plusieurs choses :

Les opposants passent pour des contestataires et des râleurs compulsifs, refusant toute idée de progrès, et l’argument favori des pro-Linky étant qu’il faut l’accepter ou se faire à l’idée de revenir à l’éclairage à la bougie… C’est complètement caricatural et démontre le manque d’arguments des partisans.

L’opposition et les refus de Linky se concentrent sur l’aspect sanitaire et sa présumée dangerosité sur la santé.

Sur l’aspect santé, je pense que c’est exactement la voie sur laquelle les élites veulent engager les opposants. Ils pourront ainsi mettre en avant le fait que Linky répond à toutes les normes françaises et européennes d’un point de vue sanitaire et ainsi couper court à toute forme de contestation.

De plus, en allant sur ce terrain, quelques pseudos-génies et ingénieurs, vont pouvoir se déchirer sur les émissions nocives, ou pas de Linky et ajouter encore plus de confusion alors qu’une grande part de citoyens souhaiteraient seulement y voir plus clair sans qu’on les embrouille.

Si l’aspect santé ne doit pas être mis de côté, c’est sur un autre point qu’il faudrait argumenter pour les opposants. Linky est présenté comme l’application pure et simple d’une directive européenne, laissant entendre qu’il n’y avait pas le choix pour la France de décider de ne pas l’appliquer.

Il est pourtant assez clair que la directive en question suggère, et suggère seulement, l’idée de ces compteurs et que, pour des raisons opaques, la France a décidé, tous bords politiques confondus, de généraliser ces compteurs dits « intelligents ».

L’Allemagne, que l’on compare pourtant constamment à la France, a dit non au déploiement généralisé de ces compteurs et seuls les plus gros consommateurs devront s’équiper.

Il paraît donc pertinent de remettre en question tout ce projet Linky en s’appuyant justement sur la directive européenne et sur l’étude française qui a servi à justifier l’application de Linky sur tout le territoire.

Les prétendus intérêts de Linky pour le consommateur sont inexistants. Ce n’est pas moi qui le prétends, ce sont les organismes officiels chargés du dossier.

Remettre en question l’interprétation de cette directive semble donc une voie à creuser. Les partisans laissent entendre que c’est législatif et dans l’intérêt du consommateur. Les mettre face à leurs incohérences montrerait clairement que le projet Linky est basé sur du sable d’un point de vue économique et que le consommateur n’a rien à y gagner hormis des problèmes (santé, désagréments, etc.)

A l’heure où EDF est dans la tourmente financière, on ne peut que s’étonner que la pertinence du projet Linky ne soit pas remise en question. Le coût présenté s’élève à 5 milliards d’euros. Sur ces grands projets, on a toujours pu constater la « finesse » de calcul des élites, gageons que l’addition finale sera nettement plus salée.

EDF et l’Etat français sont-ils donc si riches que cinq milliards ne représentent rien ?


Laurent Criado